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Chère lectrice, cher lecteur
« La scuola la fanno i maestri non i ministri »
« Ce sont les enseignantes et enseignants qui font l’école et non les ministres. » Voici le titre d’un livre qui m’a tout de suite sauté aux yeux pendant mes vacances d’automne à Bologne, alors que je visitais son éminente université. Ce livre a été écrit par Ivano Dionigi, ancien recteur de l’Université de Bologne et professeur de philologie classique. Bien que mon dernier cours d’italien remonte à presque un quart de siècle, c’est avec un intérêt marqué que j’ai lu ce livre, sans l’aide de ChatGPT. Par moments, je me suis d’ailleurs senti téléporté à l’époque du gymnase.
Que signifie en substance « la scuola la fanno i maestri » ? La question est de savoir ce qui définit une maestra ou un maestro et ce qui la ou le distingue d’une personne qui ne fait qu’enseigner (insegnante). De quelles directions d’école, de quelles enseignantes et enseignants, et de quelles collaboratrices et collaborateurs avons-nous besoin dans nos écoles à l’ère de la mondialisation, de la numérisation et de l’intelligence artificielle ?
Pour reprendre les mots d’Ivano Dionigi, l’école n’imprime pas d’argent et ne garantit pas le bonheur, mais elle est le lieu où la langue et la connaissance de l’histoire sont transmises. Où l’esprit critique, éthique et politique est éveillé. L’école doit s’enquérir du « pourquoi ». Elle doit apporter des connaissances, les approfondir et les mettre en lien, afin d’aider à la compréhension du passé pour mieux faire face au futur.
Selon Dionigi, les réformes scolaires n’améliorent que rarement l’école : elles risquent même plutôt de l’altérer. Une des réformes qu’il déplore particulièrement est la réforme, d’après ses dires, des trois mauvais « i » : « internet, inglese et ingresso », à savoir « Internet, anglais et revenu ». Autrefois, les élèves étaient formés à une activité professionnelle dans un secteur en particulier (p. ex. agronomie, industrie). De nos jours, on ne devrait pas miser en priorité sur la vie numérique, mais les préparer à poser les bonnes questions, à vouloir saisir le juste et à découvrir le nouveau. Avant, il s’agissait de transporter l’école vers le monde extérieur. Aujourd’hui, à l’inverse, c’est le monde complexe qui doit être intégré à l’école.
Il est important de ne pas se servir d’une discipline contre une autre. Autrement dit, les disciplines ne devraient pas être en concurrence entre elles, mais devraient être interreliées. Cela vaut pour l’actuelle réforme dans le cadre du projet « Évolution de la maturité gymnasiale ». En effet, l’interdisciplinarité, entre autres, doit être valorisée de manière plus prononcée. Dans les prochaines semaines, les responsables du projet et les directions d’école donneront plus d’informations à ce sujet. Il nous tient particulièrement à cœur de parfaire, au besoin, ce qui a fait ses preuves jusqu’ici et de tenir adéquatement compte des nouveaux défis, sans que cela n’entraîne une surcharge de travail inutile à la maestra ou au maestro qui se trouve sur le terrain, avec les élèves.
Pour Dionigi, la maestra et le maestro sont bien plus que de simples passeurs de savoir. Ils laissent des traces et non pas simplement des notes. Ils utilisent les outils numériques sans tomber sous leur emprise et restent des êtres humains au milieu des machines. En définitive, ils montrent que l’éducation est rencontre et non consommation. Ils incarnent ce que les outils numériques ne peuvent pas faire : transmettre une posture plutôt que des données, du sens plutôt que des signaux. Ils rendent le numérique humain, avivent l’esprit malgré, ou justement à cause de, l’intelligence artificielle (IA).
Une maestra pose des questions qu’une IA ne peut soulever. Elle invite à des réflexions qui dépassent l’algorithme et poussent les personnes en formation aux confins du savoir. Un maestro attise le feu sacré, il ne se borne pas à recracher des données ; une maestra indique la voie dans le flot numérique. Une personne dont le travail consiste « uniquement » à enseigner peut donc être remplacée beaucoup plus rapidement par l’IA. Il est alors primordial que l’intelligence humaine ne soit pas à la traîne. Voilà le point sur lequel nous souhaitons mettre l’accent dans les gymnases et les écoles de culture générale.
Je vous remercie, chères directions d’école, chères enseignantes et chers enseignants, chères collaboratrices et chers collaborateurs, d’avoir porté, durant l’année dernière, cette mission si précieuse pour la société au sein de la formation en école moyenne.
Je vous souhaite beaucoup d’inspiration et de réussites, le tout en pleine forme !
Renato Kuonen, responsable de la Section des écoles moyennes
Photo : Netzer Johannes - AdobeStock
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