Direction de la santé, des affaires sociales et de l'intégration
Service du médecin cantonal – Infolettre Diphtérie
Chères Consœurs, chers Confrères,
 
Par la présente, nous souhaitons vous informer sur les thèmes suivants :

Augmentation des cas de diphtérie

Tableau clinique

Vaccination

Procédure à suivre en cas de suspicion de diphtérie
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Augmentation des cas de diphtérie
Étant donné la récente augmentation du nombre de cas de diphtérie dans les centres fédéraux pour requérants d’asile, nous vous présentons ici les principaux aspects de cette maladie infectieuse ainsi que la procédure à suivre en cas de suspicion clinique de diphtérie.
 
La forte couverture vaccinale contre cette maladie en Suisse fait que les cas dans notre pays sont extrêmement rares et la plupart du temps liés à une migration en provenance de zones endémiques. La diphtérie peut être cutanée ou respiratoire, selon que les bactéries ont colonisé une plaie ou la gorge. Elle se transmet de personne à personne par contact direct pour la variante cutanée, et par gouttelettes pour la variante respiratoire (p. ex. en éternuant, parlant ou toussant).
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Tableau clinique
La période d’incubation de la diphtérie varie de 2 à 5 jours.
 
Diphtérie cutanée :
 
Ulcère de la peau qui ne guérit pas avec le temps. Aspect très variable, car la diphtérie cutanée se développe sur tout type de plaies et maladies de peau (plaie après une opération, ulcère cutané chronique, gale, dermatite, inflammation cutanée), mais également sur peau saine.

Touche souvent les jambes.

Forme parfois une pseudomembrane gris blanchâtre.

Souvent douloureuse la première ou les deux premières semaines, puis indolore

La plupart du temps, absence de symptômes généraux comme la fatigue, l’abattement ou la fièvre
 
Diphtérie respiratoire :
 
La diphtérie respiratoire peut ressembler à une angine commune. Elle touche les muqueuses de l’appareil respiratoire supérieur (nez, amygdales, larynx, pharynx) et, plus rarement, les muqueuses de l’œil (conjonctive), du vagin ou de l’oreille.
 
Fièvre, douleurs à la déglutition et maux de gorge avec ganglions lymphatiques souples mais enflés, et gonflement considérable du cou / de la nuque (« cou de taureau ») pouvant mener à l’obstruction des voies respiratoires

Formation sur les amygdales d’une pseudomembrane gris blanchâtre asymétrique qui peut s’étendre jusqu’au pharynx et donc occasionner toux et difficultés respiratoires, et qui saigne dès qu’on essaie de la retirer

Diphtérie nasale : écoulement sanguinolent ou purulent d’une ou des deux narines

Libération de toxine diphtérique qui, dans les cas les plus graves, se diffuse dans tout l’organisme (une semaine environ après l’apparition de la maladie)
 
La toxine diphtérique produite par les bactéries peut causer, après plusieurs semaines, de graves complications telles qu’une inflammation du muscle cardiaque, des lésions des reins et du foie ou une paralysie. Le taux de mortalité est élevé (jusqu’à 50 %) lors de diphtérie respiratoire, mais l’administration immédiate d’une antitoxine abaisse la létalité à 5 à 10 % (source : Office fédéral de la santé publique).
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Vaccination
La vaccination contre la diphtérie est recommandée, car elle protège contre les complications causées par la toxine que produisent les souches toxigènes de Corynebacterium diphtheriae. Attention : la vaccination protège non pas contre la colonisation par les bactéries responsables de la diphtérie, mais contre les effets de la toxine produite par celles-ci. Il est à noter que les personnes vaccinées peuvent être porteuses asymptomatiques et donc représenter un risque d’infection.
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Procédure à suivre en cas de suspicion de diphtérie
Les personnes présentant les symptômes décrits ci-dessus ou pour lesquelles il y a une suspicion clinique de diphtérie doivent faire l’objet d’une procédure diagnostique complète, menée exclusivement par du personnel immunisé. Cette procédure comprend un prélèvement de tissus dans la plaie et / ou la gorge. L’éventualité d’une diphtérie doit être envisagée en particulier chez les personnes ayant migré depuis l’Asie (Afghanistan, Pakistan, Syrie), mais aussi depuis l’Afrique et l’Amérique latine. Si les analyses laboratoires confirment le diagnostic, il faut contacter le Service du médecin cantonal ainsi qu’une ou un infectiologue de l’Hôpital de l’Île. Par ailleurs, la patiente ou le patient doit se rendre immédiatement à la Clinique universitaire d’infectiologie de l’Hôpital de l’Île, en taxi et avec un masque.

En présence d’une patiente ou d’un patient
issu·e de l’immigration et ayant récemment séjourné quelque temps dans un centre fédéral pour requérants d’asile

présentant les symptômes d’une affection aiguë des voies respiratoires supérieures et au moins un des deux symptômes suivants :

croup (toux aboyante, stridor inspiratoire et voix enrouée)

membrane adhérente (qui saigne souvent quand on essaie de la retirer) à au moins un des endroits suivants : amygdales, pharynx, nez

nous vous demandons de contacter immédiatement la Clinique universitaire d’infectiologie de l’Hôpital de l’Île, même sans (ou dans l’attente d’une) confirmation par un laboratoire.
 

En vous remerciant de prendre note des informations ci-dessus, nous vous adressons, chères Consœurs, chers Confrères, nos salutations distinguées.
 
Barbara Grützmacher,
Médecin cantonale
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